Vient de paraître : Pourquoi cette peur au ventre

converture de l'ouvrage

Tantôt scientifique, tantôt ironique, Patrick Denoux, professeur de psychologie interculturelle et auteur de Pourquoi cette peur au ventre ? (Editions JC Lattès) s’interroge sur les raisons et l’étendue des peurs alimentaires actuelles.

Elles seraient, selon Patrick Denoux, principalement dues aux récentes évolutions de notre société ;
Mondialisation, brassage culturel et société hyper connectée ont modifié nos comportements et nos habitudes. Nous avons dépassé les besoins primaires de s’alimenter pour survivre, et sommes entrés dans une société de plus en plus individualiste. L’Homme s’intéresse à son bien être et ressent un besoin de tout savoir et de tout maîtriser.

Mais de quoi a t-on peur?

Peur de perdre du temps en mangeant ?
Les fast-food standardisés, les plats préparés et la nourriture industrialisée se chargent de nous faire gagner du temps, au détriment des particularismes culturels ;

Peur d’être noyé dans la mondialisation et perdre ses origines ?
Certains revendiquent une origine identitaire et refusent le mélange des cultures car « l’enjeu du repas y est l’appartenance à un héritage culturel, dans son affirmation, sa démonstration et sa perpétuation » (p. 48)

Peur de ne pas vivre sainement et en accord avec soi même ?
Certains vont jusqu’à s’imposer des régimes de vie drastiques par obsession de « manger sain ». Ce régime, appelé orthorexie, entraîne naturellement une désociabilisation et déculturation car il réduit la vie à la santé, et la santé à l’alimentation ;
Peur de ne pas maîtriser son apparence physique ? Les « alicaments » semblent être la solution adoptée pour soigner tous les maux en proposant d’améliorer le transit ou de diminuer le cholestérol par exemple ;

Ou bien simplement peur que l’on nous mente ?
La multiplication de sources d’informations rassure souvent et fait douter, au moins tout autant. Du risque minime de contamination au faux « fait maison », les personnes préfèrent manger du lisse. L’important est la certification et l’aspect de l’aliment qui doit correspondre à ce que l’on s’imagine grâce notamment aux artifices que sont les arômes et les conservateurs.

Dans ce contexte de peur ambiante, les us et coutumes du repas traditionnel ont eux aussi profondément évolués. Accueillir le changement tout en préservant notre identité est un des enjeux lié à l’univers du repas. En effet, Patrick Denoux explique que « le repas est une expérience première du contact culturel car il oblige en permanence à confronter les valeurs originelles associées à la nourriture de l’enfance, avec celles issues d’un contexte de plus en plus multiculturel ». (p.44), de même c’est « un lieu extraordinaire concret de confrontation de pratiques culturelles, d’élaboration de nouveaux comportements alimentaires et de construction de formes de sociabilité » (p 55)
Face aux incertitudes croissantes et aux accidents dramatiques récurrents dans le domaine alimentaire, chacun a un avis sur la question. La recherche exacerbée d’informations renvoie inéluctablement à un surplus de détails effrayants, entraînant une peur le plus souvent démesurée. Il est important de noter que l’effrayant n’est pas forcement dangereux, mais il ne faut pas non plus entrer dans le modèle inverse qui nie, minimise ou rejette les faits attestant la gravité de certains cas. Tout le problème réside dans le dosage de la névrose collective et son effet boule de neige.
Enfin, l’auteur conclut en insistant sur l’importance d’adopter des comportement raisonnables face à l’impossibilité d’éliminer le risque alimentaire.

Eloïse EMERY

référence de l’ouvrage:
Patrick Denoux, Pourquoi cette peur au ventre ?, Editions JC Lattès, 245 pages, 2014

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